Témoignage d’un français présent le 24 mars 2013 à Paris

Nous avons participé à la manifestation du 24 mars contre la loi autorisant le mariage entre personnes de même sexe.

Ceci est un témoignage.

Partis vers 14 h de la Porte Dauphine avec un très grand nombre de familles souvent avec enfants, de jeunes adolescents en grand nombre et de provinciaux venus à Paris pour la manifestation, on nous a dirigés non pas vers la Porte Maillot ( comme cela était prévu ) qui était déjà embouteillée mais vers le Bois de Boulogne, le Jardin d’Acclimatation et l’Avenue Charles de Gaulle à Neuilly. La foule était considérable et nous avons progressé jusqu’à la Place de la Porte Maillot où nous nous sommes arrêtés, l’avenue de la Grande Armée et les rues adjacentes étant déja complètement saturées. Derrière nous, et depuis Neuilly comme par toutes les voies latérales, les gens ne cessaient d’affluer.

Ont suivi des discours de toute nature venant des organisateurs, de nombreux juristes, d’associations pour la famille (chrétiens de toutes obédiences, musulmans...), de parlementaires, de personnes ayant souffert dans leur enfance de l’absence de parents .... qui tous demandaient et re-demandaient avec insistance, mais respect, au Président de la République le retrait de la loi Taubira. L’ambiance était détendue, souriante, bon enfant. Des manifestants avaient apporté et distribuaient du café et des morceaux de gateau ; il y avait des handicapés en chaise roulante, beaucoup de bébés ou d’enfants très jeunes, peu de gens de nos âges en comparaison des jeunes et des familles qui nous entouraient. Les écrans géants montraient une ambiance identique sur toute l’étendue de la manifestation et illustraient l’ampleur du rassemblement qui allait de la Défense à l’entrée de la Place de l’Etoile ; l’Avenue Charles de Gaulle à Neuilly, l’Avenue de la Grande Armée et la Place de la Porte Maillot étaient noires de monde. Ceci était parfaitement visible sur les images retransmises sur les écrans. Lors des passages répétés de l’hélicoptère de la Préfecture de Police les gens agitaient leurs drapeaux et saluaient ces survols.

En fin d’après-midi, le résultat des comptages qui chiffraient à 1 400 000 personnes le nombre de manifestants, a été annoncé par les organisateurs. Nous avons alors quitté la Place pour rejoindre le domicile de nos amis, proche de la Muette. Les rues étaient pleines de gens joyeux qui, comme nous, regagnaient leurs domiciles ou leurs moyens de transport. Aucune trace ni aucune menace d’un quelconque désordre dont personne, d’ailleurs, n’avait entendu d’écho. Une heure plus tôt, à la tribune ( nous suivions sur les écrans ) des consignes de calme avaient été données, il est vrai, par les organisateurs, qui semblaient redouter des désordres localisés (c’est ce que nous avons pensé) alors que rien autour de nous ne justifiait que l’on s’inquiétât.

De retour chez nos amis ( vers 18H ) nous avons allumé la télévision où il n’était question que d’incidents ayant concerné, parait-il, une ou deux centaines de personnes à l’entrée de la Place de l’Etoile. Pas un mot de l’ampleur de la manifestation, des témoignages diffusés à la tribune, de la composition de la foule immense présente sur les avenues et les rues adjacentes, ni de l’ambiance bon enfant qui régnait partout... Les mêmes images passaient en boucle sur iTélé et BFM : quelques personnes non-violentes trainées par les gendarmes et quelques jets de gaz par dessus un mur de boucliers dressés à la verticale par ces mêmes pandores. Face à eux des gens ordinaires, des femmes, de jeunes adolescents... absolument pas excités.

Dans la soirée, on a parlé d’incidents intervenus sur les Champs Elysées vers 21H, sans lien direct donc avec la manifestation depuis longtemps dissoute mais l’amalgame était facile... On a interviewé M. Valls qui a expliqué que les organisateurs n’avaient pas su contrôler les manifestants et que la police avait parfaitement rempli son rôle... Les journalistes, avides de sensationnel comme beaucoup de politiques qu’ils faisaient parler, n’avaient de toute évidence pas observé sur place la réalité des faits et commentaient tout sauf l’esssentiel, cette énorme manifestation contre la loi Taubira. Un déplacement de population considérable, bien canalisé, sans aucun mouvement de haine ni de d’agressivité. Personne ne parlant même d’homosexualité mais seulement de défense de la famille et de protection des droits de l’enfant.

Que retenir :

L’écho dans les médias télévisés de cette manifestation a été un véritable scandale.
- Rien sur ce qu’était la manifestation que nous (et l’immense majorité des participants) avons vécue : un rejet massif, calme, déterminé, bon enfant, de la loi Taubira.
- Rien sur l’importance de cette manifestation : même pas d’images couvrant toute la perspective de l’Etoile à la Défense, ce qui aurait mis en évidence l’immense foule qui s’était déplacée. Rien sur ce qui s’est dit à la tribune... Pour des participants comme nous, cela parait surréaliste et induit une frustration immense.
- La focalisation indécente sur de prétendus incidents, tellement mineurs qu’ils ont échappé à la quasi totalité des participants. Le prétexte que cette incroyable relation des faits a constitué pour l’exploitation qui en est faite par le ministre de l’Intérieur et, en réponse, par l’opposition.
Dans un cas comme dans l’autre la mauvaise foi est évidente et l’importance donnée à ce détail est hors de proportion avec la réalité. Il est clair qu’il s’est agi d’un piège monté sciemment par la Préfecture de police et M. Valls, venant après la multiplication des obstacles visant à décourager les gens de participer. Quelques manifestants ont probablement été assez stupides pour s’y laisser prendre.
- L’incroyable minoration du nombre de participants par la Préfecture de Police. Le remplacement par des gens dévoués au pouvoir de tous les responsables de la police à haut niveau dans un premier temps, à niveau inférieur ensuite, a été réussi ...

Le jeu pervers d’excitation des frustrations de la population par le déni de réalité de la part du pouvoir mais aussi - surtout ? - de la Presse. Cette démarche constante et permanente a, dans un premier temps, occasionné un renversement de majorité politique mais, dans un second temps, elle est porteuse de graves dangers.

Paul Pfister
25 mars 2013