Mariage gay : à l’Assemblée, la droite lance son offensive

Premier orateur de l’UMP, Henri Guaino a de nouveau réclamé un référendum.

Le gouvernement est aux aguets. Avant même l’ouverture de l’examen du projet de loi autorisant le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels, le premier ministre Jean-Marc Ayrault, qui se rendait à la réunion de groupe des députés écologistes, avait déclaré mardi matin dans les couloirs de l’Assemblée qu’il s’attendait à « des tentatives de l’opposition de durcir le débat ». Le patron des députés UMP, Christian Jacob, avait aussitôt démenti toute volonté d’obstruction ou de provocation. Mais la détermination de ses troupes est à la hauteur de l’enjeu.

Défendant mardi après-midi une motion de rejet préalable (qui a été repoussée par 272 voix contre 169), l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, a de nouveau souligné « l’obligation d’un référendum » sur cette loi « qui n’est pas ordinaire ». Premier orateur UMP inscrit dans ce débat engagé dans un climat tendu, le député des Yvelines a lancé : « C’est une loi qu’on ne peut pas prendre à l’essai. Si elle était adoptée, des couples se marieraient, des enfants naîtraient. Comment dès lors imaginer revenir sur ce qui aurait été accompli ? » Accusant la majorité de « violer les consciences », Guaino, très applaudi à droite, a poursuivi : « La loi ne peut pas tout régler (…). Le mariage n’est pas un droit mais une institution (…). À ces Français simples et dignes, qui ne demandent qu’un peu de respect, allons-nous répondre par ces deux mots terribles : taisez-vous ! »

Sourde à ces critiques, Christiane Taubira, la ministre de la Justice, s’est livrée à l’ouverture des débats à un véritable cours d’instruction civique remontant à l’instauration du mariage civil en 1791, louant « le mariage, conquête de la République ».

Sous les regards d’un public nombreux, dont deux adversaires farouches du texte, Christine Boutin et Frigide Barjot, toutes deux habillées de blanc, la garde des Sceaux, parlant sans jamais regarder ses notes, s’est exclamée, sous les applaudissements du PS : « C’est un acte d’égalité. Il ne s’agit pas d’un mariage au rabais, il ne s’agit pas d’une ruse, d’une entourloupe. Il s’agit d’un mariage avec toute sa charge symbolique, et toutes ses règles d’ordre public (…) qui devient une institution universelle ».

« Une avancée égalitaire »

Tournée vers la droite, la ministre a ajouté : « Au nom d’un prétendu droit à l’enfant, vous refusez des droits à des enfants que vous choisissez de ne pas voir (…). Mais vos enfants et vos petits-enfants les incluront de plus en plus. » La ministre déléguée à la Famille, Dominique Bertinotti, a souligné que cette réforme constituait « une avancée égalitaire ». Le rapporteur du projet Erwann Binet (Isère) a également affirmé que ce texte ouvrait « le temps de l’égalité » pour les homosexuels.

Abordant le sujet qui fâche, Marie-Françoise Clergeau, rapporteur PS pour avis de la commission des affaires sociales, a reconnu qu’elle était favorable à l’introduction de la procréation médicalement assistée (PMA) dans ce texte, alors que le gouvernement a décidé d’inscrire cette question délicate dans un projet de loi sur la famille. Les Verts et les communistes sont bien décidés à prendre le relais. Noël Mamère, orateur du groupe EELV, et Marie-George Buffet, très isolée sur le sujet au sein du groupe PCF-Front de gauche, défendront en séance des amendements pour accorder la PMA aux couples de femmes mariées. Le sujet est d’autant plus sensible qu’une soixantaine de députés PS ont fait connaître leur opposition à l’accès de la PMA aux couples de femmes, pour des raisons non médicales. Malgré les rappels à la discipline de vote par Bruno Le Roux, seuls deux députés PS, Jérôme Lambert (Charente) et Jean-Philippe Mallé (Yvelines), ont fait savoir qu’ils ne voteraient pas ce texte. « Un enfant est toujours conçu par un homme et une femme », rappelle ce dernier.

Les débats, qui se sont poursuivis en séance de nuit, doivent durer pendant deux semaines, samedi et dimanche compris. Le ministre des Relations avec le Parlement, Alain Vidalies, a annoncé un vote pour le 12 février.

Des députés sur le pied de guerre

Les présidents des groupes PS et UMP ont demandé à leurs membres d’être présents dans l’Hémicycle durant les deux semaines de débats. Gardant en mémoire le rejet du premier texte sur le pacs, en 1998, pour cause de manque d’effectifs à gauche en séance, Bruno Le Roux, le patron des députés PS, a rappelé mardi matin que la présence de tous était requise, et qu’en cas d’empêchement majeur, chacun devait prévenir la direction du groupe de son absence. Des permanences sont prévues, en particulier vendredi, samedi et dimanche prochains, puisque les débats sur le mariage seront interrompus jeudi, pour l’examen de plusieurs propositions de loi écologiques.

Christian Jacob, le président du groupe UMP, a lui aussi demandé à ses troupes de rester le plus possible à Paris. Consigne qu’Hervé Mariton et Philippe Gosselin ont rappelée en fin de matinée aux troupes UMP, sur le thème : « Vos électeurs attendent que vous défendiez vous-mêmes vos amendements. » Les centristes de l’UDI, divisés sur ce texte, n’ont prévu aucun tour de garde en séance. Chez les Verts (17 élus), on mise sur la présence régulière de 8 députés, qui auront chacun une délégation de vote pour s’exprimer au nom des absents.

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