Mariage pour tous : la gauche accélère encore le rythme

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Pour tourner au plus vite la page, les députés PS ont choisi de renoncer à leur temps de parole.

La nervosité est palpable dans les deux camps. Partisans et adversaires du mariage homosexuel se sont à nouveau affrontés, jeudi, dans l’hémicycle de l’Assemblée, dans un climat d’exaspération mutuelle. La gauche veut que ce texte soit voté « conforme » à la version adoptée la semaine dernière au Sénat. L’examen en deuxième lecture devait s’achever dans la nuit de jeudi à vendredi ou au plus tard vendredi matin, le groupe PS ayant choisi de renoncer à son temps de parole. L’objectif est de faire adopter définitivement le projet de loi dès mardi à l’Assemblée, pour tourner la page.
À deux jours d’une nouvelle manifestation, dimanche, d’opposants au mariage gay, les incidents survenus mercredi soir lors de la manifestation des anti-mariage devant le Palais Bourbon, avec douze personnes placées en garde à vue, ont conduit le président de la République à réagir. « Il y a des actes homophobes, des actes violents » et, en tant que chef de l’État, « je ne peux (les) accepter », a déclaré jeudi matin François Hollande. Le président a accusé les opposants au mariage homosexuel de chercher « non pas un report » du texte mais que « cette loi ne puisse jamais intervenir ». Il a réclamé que l’on « respecte le Parlement, la loi, le suffrage universel ».

De son côté, le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, a organisé jeudi une réunion avec l’ensemble des services de police et de gendarmerie pour renforcer les dispositifs de sécurité dans les manifestations. « Le droit de manifester est constitutionnel », a rappelé le ministre, qui a en revanche fustigé « une série d’incidents particulièrement graves » et « un climat nauséabond ».

L’UMP rappelle un de ses députés à l’ordre

Pendant ce temps-là, Philippe Cochet, député UMP du Rhône, mettait jeudi matin le feu aux poudres dans l’hémicycle de l’Assemblée en lançant à la gauche : « Ce que vous êtes en train de faire est une brèche qui ne se refermera pas si le texte passe, c’est une ignominie (…). Vous êtes en train d’assassiner des enfants ! » Ces propos ont été condamnés par les députés UMP, mais le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, a dû interrompre la séance.

Pour la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, « cette violence verbale ouvre la porte à tous les excès ». Quant au président de l’UMP, Jean-François Copé, il a condamné les actes d’homophobie « abjects », évoquant l’agression contre un bar gay à Lille (Nord).
Dans les couloirs de l’Assemblée, le patron des députés UMP, Christian Jacob, a accusé le gouvernement de « multiplier les provocations et de vouloir passer en force, en accélérant l’examen de ce texte, en utilisant le temps programmé pour encadrer la durée des débats, et en annonçant le recours aux ordonnances ». L’ancien ministre Laurent Wauquiez a lancé : « On a tous intérêt à appeler au calme. Ne laissons pas le mouvement dériver. Mais il faut que le gouvernement entende les centaines de milliers de manifestants pour lesquels il n’affiche que du mépris. » Wauquiez a demandé à Hollande de « faire un geste d’apaisement » en « s’engageant à ne pas légiférer sur la PMA » pendant la durée de la législature. « Le gouvernement ne fait aucune ouverture », a aussi protesté Patrick Ollier, député UMP des Hauts-de-Seine.
Le député UDI Yves Jégo a proposé sans succès que la manifestation de dimanche soit « déprogrammée » afin de « calmer le jeu ». Jean-Frédéric Poisson et Philippe Gosselin, députés UMP des Yvelines et de la Manche, ont répondu par la négative. « Le gouvernement a une large part de responsabilité dans la montée des tensions », a estimé Poisson. « La manifestation de dimanche doit se dérouler de manière pacifique, pour exprimer nos convictions », a renchéri Gosselin.
Dans un rappel au règlement, jeudi après-midi, un des principaux orateurs UMP sur le projet de loi, Hervé Mariton, a lancé à la gauche : « Quand un député de droite définit la famille comme le père, la mère et les enfants, il est absolument inacceptable qu’un député de gauche ajoute “et le chien”. »

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